1 milliard de chinois et moi et moi et moi

J’accuse

mars 15, 2009 · 4 commentaires

C’est l’histoire d’un couple, heureux, épanoui, avec 2 enfants. Une petite fille d’un peu plus de trois ans et un petit garçon de dix mois.

C’est un couple qui vit dans la jolie banlieue ouest, qui n’a pas de soucis, qui travaille. Un couple tranquille qui pourrait être de vos amis.

Et puis un jour, la machine dérape.

Un soir, à 21h, la police débarque chez eux pour leur retirer la petite fille car ils sont soupçonné de maltraitance. Oui, c’est le médecin scolaire qui a détecté des traces suspectes et qui a fait un signalement aux services sociaux. La machine judiciaire s’est mise en marche et rien ne peut l’arrêter, ni les protestations de la mère – le père n’est pas encore rentré – ni les pleurs de la petite fille. Elle est donc emportée par cinq flics un jeudi soir du mois de mars.

C’est la stupéfaction, un cataclysme. Que s’est-il passé ? Est-ce que ce couple sans histoire peut maltraité son enfant ?

Puis le lendemain matin, c’est un couple qui se rend chez son avocat et qui est entendu par la police. Garde à vue de quelques heures.

Et enfin, 24 heures après le début de cette histoire, ils sont disculpés, blanchis et peuvent aller récupérer leur petite fille de trois ans qui vit depuis un jour dans un centre de prise en charge pour enfants maltraités.

Ce couple a repris le cours de sa vie après 24h hors du temps. Lundi, il faudra aller travailler, il faudra amener la petite à l’école, cette fameuse école d’où tout est parti.

Ce couple sont mes amis, des amis incroyablement proches et chers.

J’ai vécu avec eux cet ouragan qui s’est abattu sans prévenir. J’ai encore dans les oreilles les larmes étouffées au téléphone d’elle me prévenant qu’il y avait un problème. J’ai dans les yeux le regard de ce père qu’on accuse du pire. Je me souviendrai toute ma vie de la voix de l’officier de police me prévenant de leurs gardes à vue.  A leur côté, j’ai vécu les 24 heures les plus extraordinaires, au sens premier du terme, de ma vie, un scénario de film d’horreur sans hémoglobine. Et aussi vite que cela avait commencé, cela s’est arrêté. Moi aussi j’ai repris le cours de ma vie.

Je m’interroge juste un peu plus sur la société dans laquelle on vit, une société où le principe de précaution est appliqué à son paroxysme, où l’on est coupable avant d’être innocent. C’est peut être parce que j’avais oublié cette idée du gouvernement qui voulait faire tester les enfants de 3 ans pour détecter d’éventuels délinquants tueurs en série.
Une société qui peut enlever une petite fille en pyjama, prête à aller se coucher, pour aller la placer dans un foyer, sans que quiconque n’ait vérifié les soupçons d’un médecin scolaire qui confond un bleu avec un angiome.
Une société qui permet à d’autres de jeter l’opprobe sur des gens bien au nom de la prévention. La dénonciation calomnieuse, sous prétexte de rendre la communauté plus propre n’est pas sans me rappeler un certain gouvernement.

Alors, si j’avais eu le talent de Zola, j’aurai hurlé un “j’accuse” pour que cela ne se reproduise plus.

Mes chers amis, je vous souhaite de reprendre votre douce vie là où vous l’aviez laissée jeudi à 18h. Avec tout mon amour.

Catégories : Des trucs sérieux · J'ai honte